Guide complet des cétacés recensés dans les eaux açoriennes. Les huit espèces communes, les visiteurs rares, les baleines bleues saisonnières et comment les identifier depuis un bateau.
Les eaux açoriennes abritent 24 espèces de cétacés documentées, plus que partout ailleurs en Europe. La combinaison d’une géographie en eaux profondes (les fonds marins descendent à 3 000 mètres à quelques kilomètres du rivage), d’une position médio-atlantique sur le corridor migratoire et du flux de nutriments du Gulf Stream fait de l’archipel une véritable capitale des baleines.
Ce guide couvre les espèces que vous pouvez réalistement observer lors d’une sortie en mer, les observations rares, les bases de l’identification et la saisonnalité qui détermine ce qui apparaît à quel moment de l’année.
Vue d’ensemble
| Groupe | Nombre d’espèces | Les plus visibles |
|---|---|---|
| Baleines à dents | 8 | Cachalot |
| Baleines à fanons | 6 | Rorqual commun, bleu, boréal |
| Baleines à bec | 5 | Sowerby’s, Cuvier’s |
| Dauphins | 5 | Dauphin commun, grand dauphin |
Presque toute sortie d’observation depuis Ponta Delgada, Lajes do Pico ou Horta permettra de rencontrer deux à quatre espèces. L’observation la plus fiable toute l’année est le cachalot. La migration saisonnière de la baleine bleue (avril à juin) est l’événement phare européen.
Les huit espèces que vous voyez le plus souvent
1. Cachalot (Physeter macrocephalus)
La baleine emblématique des Açores. Population résidente d’environ 200 à 300 individus, les mêmes familles matriarcales documentées dans les catalogues de chercheurs depuis les années 1980. Imposant (mâles 16+ mètres, femelles 11 mètres), tête carrée distinctive, un seul évent asymétrique sur le côté gauche.
Comportement : plongées profondes durant 30 à 60 minutes, périodes de surface de 8 à 12 minutes entre les plongées. L’observation açorienne classique est un groupe de cachalots soufflant en surface, puis levant la queue et disparaissant pendant une heure.
Meilleure saison : toute l’année, particulièrement stable de mai à octobre.
2. Dauphin commun (Delphinus delphis)
Le cétacé le plus nombreux et le plus visible. Groupes de 50 à 300 animaux, très actifs, adorent chevaucher l’étrave des bateaux. Tache jaune sur le flanc qui les rend faciles à identifier même à distance.
Meilleure saison : toute l’année, pic d’abondance de juin à septembre.
3. Grand dauphin (Tursiops truncatus)
Plus grand que le dauphin commun, corps entièrement gris, pas de marque sur le flanc. Groupes résidents de 20 à 60 individus. Moins acrobatique, plus curieux, nage souvent aux côtés des bateaux à vitesse lente pendant de longues périodes.
Meilleure saison : toute l’année.
4. Dauphin de Risso (Grampus griseus)
Gris pâle avec des griffures blanches caractéristiques sur le corps (causées par des cicatrices intra-espèces). Mangeurs de calamars, groupes plus petits de 5 à 30 individus, nageurs plus lents. Les Açores abritent une population de dauphins de Risso exceptionnellement importante.
Meilleure saison : toute l’année, mais plus observables par mer calme (juin à septembre).
5. Dauphin tacheté de l’Atlantique (Stenella frontalis)
Visiteur saisonnier uniquement. Motif distinctif de taches sombres et claires qui se développe avec l’âge. Plus petit et plus rapide que le dauphin commun, particulièrement acrobatique. Groupes de 20 à 80 individus.
Meilleure saison : juin à octobre.
6. Rorqual commun (Balaenoptera physalus)
Le deuxième plus grand animal de la planète (mâles jusqu’à 24 mètres). Corps long et élancé, coloration asymétrique distinctive de la mâchoire (blanche à droite, sombre à gauche). Passe dans les eaux açoriennes lors de sa migration printanière des latitudes basses vers les latitudes élevées.
Meilleure saison : avril à juin.
7. Baleine bleue (Balaenoptera musculus)
Le plus grand animal ayant jamais existé (jusqu’à 30 mètres, 180 tonnes). Visite les eaux açoriennes lors de la migration printanière. Les Açores sont les eaux européennes les plus fiables pour observer des baleines bleues, avec 30 à 60 rencontres documentées par an.
Meilleure saison : avril à début juin, pic dans la seconde moitié de mai.
8. Rorqual boréal (Balaenoptera borealis)
Cousin plus petit du rorqual commun et de la baleine bleue (jusqu’à 16 mètres). Nageoire dorsale unique et pointue distinctive, nageur rapide. Migrateur printanier dans les eaux açoriennes.
Meilleure saison : avril à juin.
Les cinq observations moins courantes
Ces espèces apparaissent occasionnellement mais ne peuvent être planifiées.
Globicéphale noir (Globicephala melas)
Une baleine à dents de taille moyenne (5 à 7 mètres), entièrement noire, tête bulbeuse, groupes de 20 à 80 individus. Présent toute l’année mais irrégulier.
Faux-orque (Pseudorca crassidens)
Malgré son nom, c’est un grand dauphin (jusqu’à 6 mètres). Noir, élancé, rapide. Groupes de 10 à 30 individus. Rare dans les eaux açoriennes mais documenté plusieurs fois par an.
Orque, épaulard (Orcinus orca)
Quelques visites açoriennes documentées par an. Les animaux sont généralement de passage plutôt que résidents.
Baleine à bec de Sowerby (Mesoplodon bidens)
Une baleine à bec de taille moyenne (5 mètres), plongeuse profonde insaisissable. Les Açores sont l’un des rares endroits fiables pour l’observer dans l’Atlantique Nord.
Baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris)
Habitudes similaires à celle de Sowerby mais légèrement plus fréquente. Les deux espèces plongent à plus de 2 000 mètres lors de chasses d’une heure.
Comment identifier ce que vous observez
Les quatre caractéristiques clés sur lesquelles les guides d’observation vous forment.
| Caractéristique | Ce qu’il faut regarder |
|---|---|
| Forme du souffle | Vertical (cachalot penche à gauche), en V (baleine franche), touffu |
| Taille du corps | Estimer par rapport au bateau ou autres points de référence |
| Nageoire dorsale | Grande (orque), petite (cachalot), petite triangulaire (rorqual commun/bleu) |
| Temps en surface | Longs séjours (cachalot), brèves apparitions (plupart des baleines à fanons) |
Le biologiste marin à bord fait la plupart des identifications pour vous. Demander pourquoi il a fait ce choix (plutôt que juste quelle espèce c’est) est la façon d’apprendre.
Foire aux questions
Puis-je simplement aller aux falaises et voir des baleines ?
Parfois, surtout durant la migration printanière. Le Vigia da Baleia au-dessus de Lajes do Pico est la célèbre tour d’observation terrestre, utilisée par les anciens baleiniers et maintenant par les chercheurs. Les souffles de cachalots y sont visibles depuis les falaises dans les bonnes conditions, bien que lointains. Pour une vraie rencontre, il faut être sur un bateau.
Quelle est la différence entre observer depuis São Miguel et Pico ?
Pico possède le tombant sous-marin le plus abrupt de l’archipel. Les bateaux atteignent les eaux profondes (où les cachalots se nourrissent) en 20 minutes au lieu d’une heure. Les rencontres tendent à être plus proches et plus longues. São Miguel a plus d’options de départ et une logistique plus simple. Les deux sont excellents. Voir la fiche observation des baleines pour les recommandations d’opérateurs.
Les populations augmentent-elles ou diminuent-elles ?
Mixte. Les populations de cachalots sont stables ou légèrement en hausse depuis l’arrêt de la chasse à la baleine en 1984. Les populations de baleines bleues et de rorquals communs dans l’Atlantique Nord se rétablissent lentement des niveaux bas causés par la chasse au XXᵉ siècle. Les populations de dauphins semblent stables. Les plus grandes menaces aujourd’hui sont les collisions avec les navires, la pollution plastique et les perturbations acoustiques dues au transport maritime offshore.
Où vont les cachalots entre les plongées ?
À 800 à 1 200 mètres de profondeur pour chasser le calmar géant. Ils plongent presque à la verticale, chassent pendant 30 à 60 minutes dans l’obscurité totale en utilisant des clics d’écholocalisation audibles sous l’eau sur plusieurs kilomètres, puis remontent en surface pour récupérer de l’oxygène. Les fenêtres de surface sont les moments où les bateaux d’observation peuvent les rencontrer ; les plongées expliquent pourquoi il faut attendre si longtemps.
De nouvelles espèces ont-elles été découvertes récemment ?
Plusieurs nouvelles observations ont été ajoutées ces dernières décennies grâce à des expéditions de recherche, principalement des baleines à bec et des migrateurs rares. Le département de biologie marine de l’Université des Açores maintient la liste officielle des espèces. Les Açores restent l’un des habitats de mammifères marins les plus activement surveillés au monde.